...............Je poussai le portail pour accéder au parc. Mes parents me suivaient, mains dans la main et amoureux comme au premier jour. Leur couple est mon modèle : ils sont parfaits.
J'essayai de marcher convenablement malgré tout mon matériel de peinture dans mes bras. J'adore peindre, c'est l'une de mes passions.
Je regardais autour de moi pour trouver un endroit agréable lorsque soudain, mes yeux s'arrêtèrent sur un jeune homme, assis près d'un arbre et qui dessinait. Je ne pus voir les détails qui formaient son visage mais il dessinait et il avait l'air concentré, c'est tout ce qui importait pour moi.
Je partis m'installer derrière lui, de manière à ce que l'arbre ne me cache pas la vue. Je voulais l'observer encore et encore et surtout, je voulais découvrir ce qu'il créait.
Lui, ne me remarqua pas. Il ne détourna même pas les yeux quand je suis passé près de lui. Il n'a pas fait attention à moi...
Pendant que j'installais tout mon matériel de peinture, mes parents m'avertirent qu'ils allèrent se promener. Ils s'éloignèrent, me laissant seule à mes occupations...
...............J'étais tranquillement assis près d'un arbre lorsqu'une fille passa à mes cotés. Je ne l'ai même pas regardé, j'ai juste senti son odeur fruitée. Elle marchait pieds nus avec une légèreté indescriptible ! Je n'ai pas posé un seul regard sur elle mais j'en mourrai d'envie et pourtant, je vis tout de même qu'elle avait pleins de choses dans ses bras dont une pochette d'art. Une artiste ! Sans savoir comment elle s'appelait et en ne connaissant même pas les traits de son visage, j'ai tout de suite su qu'on allait bien s'entendre tous les deux, du moins, sur l'art.
Sans m'en rendre compte, je m'aperçu que je n'arrivais plus à me concentrer donc encore moins à guider mes crayons. Mes pensées n'étaient tournées que pour elle mais ce qu'il y avait de pire, c'est que je ne pouvais même pas matérialiser son visage puisque je ne le connaissais pas tout simplement. C'est alors que je décidai de me retourner et de la regarder pour quelques secondes au moins. Avec une douceur incroyable, je basculai mon corps délicatement vers cette fille qui hantait déjà mon esprit.
A peine j'eus posé mon regard sur ses yeux que je sentis mon être vaciller. Ils étaient si... si... si étincelants, si doux, si bleus, si beaux... Et je crois que son visage était égal à ses yeux, mais encore fallait-il que je me concentre pour l'affirmer. Si ! Je confirme ! Elle était vraiment magnifique ! Et soudain, un phénomène des plus incroyables se produisit : un couloir de lumière, émanant du ciel, apparut et vint se poser sur elle, ce qui la rendait encore plus scintillante. Ses cheveux brillaient de mille feux et c'est alors qu'elle me regarda à son tour. On aurait dit un ange descendu du ciel. Cet instant dura à peine trois secondes mais je priais pour que Dieu le fasse durer le plus longtemps possible. Je pensais que j'étais sur la bonne voie mais elle ferma les yeux, c'est alors que la panique ma prit d'un coup ce qui me fit reporter mon regard sur mon dessin.
Elle a dû me prendre pour un idiot, surtout que je ne dois pas être le premier à la contempler...
...............Entre deux coups de pinceaux, je relevai mes yeux vers lui au cas où il se retournerait et c'est alors que je vis qu'il me regardait aussi et que ma prière avait été exaucée. Mais je dus fermer les yeux car un rayon de soleil se braqua sur moi et quand je les ai rouverts, il s'était retourné... Je ne pu l'admirer qu'à peine deux secondes. Deux malheureuses petites secondes mais pourtant, deux secondes magiques.
Alors je me mis à le fixer. J'attendais qu'il se retourne à nouveau et pour rien au monde je n'aurais détourné mes yeux de ce garçon dont je ne pouvais pas dire grand-chose à part qu'il était brun et qu'il portait une chemise marron qui le rendait super classe !
Au bout d'un moment, ma persévérance finit par payer. En effet, il se retourna une deuxième fois et bien plus longtemps cette fois. Aucun de nous ne vacilla, aucun de nous ne bougea. Mon excellente vue me permit de décerner la couleur de ses yeux : ils étaient verts, et quel beau vert ! Un des plus beau, des plus perçant même.
Soudain je me mis à rire car il cassa le crayon contre lequel il s'appuyait et il faillit tomber. J'essayais d'être discrète car je sais que ce n'est pas toujours agréable quand quelqu'un se moque de moi mais j'ai eu l'impression qu'il prit la situation en souriant. Il me regarda une dernière fois avant de s'occuper de son crayon en deux morceaux. Je lui fis alors un signe de venir me voir en lui tendant mon crayon fétiche et en un seul morceau celui là. Au bout de quelques instants d'hésitation, il se leva et marcha jusqu'à moi...
...............Mon c½ur s'accélérait dangereusement mais le pire, ce fut quand je me suis taper la honte de ma vie ! A force de la regarder, je ne m'étais même pas aperçu que je m'appuyais contre mon crayon et crac ! Il s'est brisé sous mon poids. Ho la honte... En plus, je crois qu'elle a rigolé mais je ne peux pas lui en vouloir, qui n'aurait pas rit dans cette situation ? Mais c'est alors qu'il s'est produit une chose anormale. Au lieu de se moquer d'avantage de moi, elle m'a tendu un crayon. Je paniquais totalement, c'est pour cela que je ne sais pas encore quelle est cette force qui m'a soulevée et qui m'a fait avancer vers cette Déesse. J'avais toujours mon crayon en deux morceaux dans ma main mon cerveau en a prit conscience que lorsque j'étais à un mettre d'elle à peine...
Elle me fixait avec des yeux très doux et avec un petit sourire en coin mais j'essayais tout de même de tout faire pour rester, enfin, pour paraître confiant et serein mais au fond de moi, je priais car je sentais mes jambes trembler.
Heureusement qu'elle a engagé la conversation car sinon, on se serait regardé pendant de longues minutes sans rien dire.
- Tiens, me dit-elle, je crois que tu en auras besoin.
- Merci, je...
Je m'arrêtai de parler car en regardant le crayon, je fus très surpris : ce n'étais pas un simple crayon acheté au super marché du coin (comme l'autre que je tenais encore dans la main alors qu'il était sectionné), non, c'était un instrument acheté dans une boutique d'art très reconnu à Paris (je le sais car je passe des heures devant la vitrine...). Je ne pouvais pas accepter mais j'en avais terriblement envie.
- Qui y a-t-il ? Me demanda-t-elle.
- Je ne peux pas accepter. Ce crayon est... est... tellement...
- Oui, je sais mais ne t'inquiètes pas, j'en ai des tas chez moi et je veux te l'offrir... Bah oui, c'est un peu de ma faute si tu as cassé le tien.
- ... Merci c'est très gentil de te part mais ce n'est pas du tout de ta faute ! C'est moi, je suis un peu gauche en fait...
- Tu ne dois pas être si maladroit que ça puisque je pense que tu dessines très bien. Je peux voir ce que tu as fait ?
- Heu non ! Enfin, c'est que... il n'est pas fini et c'est une cata là, m'exclamai-je.
- D'accord, ce n'est pas grave
Un silence se fit alors et encore une fois, c'est elle qui le rompit. Mais qu'elle est belle !!!
- ... Je m'appelle Célia.
- Et moi c'est Chris.
- Enchanté Chris et quel âge as-tu ?
- Seize. J'ai seize ans et... et toi ?
- J'en ai quinze, je fêterais mes seize ans dans quelques jours, à la rentrée des cours.
- Ha d'accord... Je suis désolé de t'avoir observé de la sorte mais j'ai vu que tu avais du matériel de peinture et...
- Et donc, que nous avions un point en commun, me dit-elle en souriant.
- Voila... Je peux vo..., commençais-je à lui demander, mais son portable sonna...
Le portable était égal à ce fameux crayon qu'elle venait de m'offrir : un portable cher et récent)
OK, elle est riche et alors ? Cela veut automatiquement dire que nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre ? Non, je ne veux pas me rabaisser à cette tradition stupide !
Je me répétais cela sans cesse tandis qu'elle rangeait ses affaires en vitesse. Ce coup de fils l'avait visiblement ennuyée, voir inquiétée.
Une fois que j'avais cessé de me parler à moi-même je pus enfin lui demander ce qu'il se passait :
- Qu'il y a-t-il ?
- Il faut que je parte, je suis désolée, un de mes amis à eu un problème et je dois aller le voir. Seras-tu là demain ? Vers cette heure-ci ?
- Oui, je viendrais si tu veux.
- Génial ! Je suis vraiment désolée, excuse-moi encore mais je dois y aller, me redit-elle une fois de plus.
- Ho ce n'est pas grave, ne t'inquiè...
Et elle partit comme ça, en me laissant seul, debout, deux crayons dans la main, heureux et pourtant, complètement désemparé ! Je ne sais rien d'elle ! Ha si, qu'elle va avoir seize ans dans quelques jours et qu'elle s'appelle Célia ! A la bonne heure ! Mon dieu, elle s'appelle Célia...
A cet instant, je pris conscience des quelques minutes qui venaient de s'écouler. Moments remplis en suspens, en découvertes, en surprise, en rires... en émotions tout simplement... Célia... Mais qu'est ce qu'elle est belle ! Et je m'en fiche de ne pas être le beau prince charmant sur son fidèle destrier blanc. Je m'en fiche de ne pas être riche comme Thierry Henri ou de ne pas avoir la beauté de Brad Pitt, je m'en fiche car Célia, la fille la plus magnifique sur cette Terre, m'a regardé de ses yeux bleus et m'a parlé. Et elle s'est intéressée à moi, bon plus à mes dessins je dois le reconnaître mais n'oublions pas que j'ai réussi à la faire rire... En me tapant la honte de ma vie par la même manière... Non, on se reprend, ce n'est pas grave, elle va vite oublier et tout va très bien se passer...
...............- C'est le garçon le plus beau que j'ai rencontré ! Si tu l'avais vu Greg : il était tout mignon, il voulait me parler mais il n'avait pas confiance lui et quand il a enfin prit son courage à deux mains, il a cassé son crayon et moi, l'idiote de première, j'ai rigolé, non mais qu'elle fille stupide vraiment ! Et toi au fait, pourquoi tu m'as appelé ? Non mais sérieusement, il est trop... ouaaa ! Je n'ai même pas les mots pour le décrire tellement il est beau, on dirait un vrai Apollon. Tu n'as pas l'air bien, tu sais ? Et en plus, tu sais ce que j'ai fais : je lui ai laissé ma peinture que j'avais faite de lui, ho la la qu'est ce qu'il en a pensé ? Tu crois qu'il a aimé ? Je suis vraiment trop pressé de le revoir demain !
Je n'arrêtais pas de parler de ma nouvelle connaissance à mon meilleur ami, c'est d'ailleurs lui qui m'a appelé tout à l'heure. Je ne pouvais pas m'en empêcher. Chris m'avait fait un tel effet. Et c'était encore plus surprenant car je ne suis pas facilement impressionnable mais je ne serais pas comment expliquer ce qu'il s'était produit dans ma tête depuis que j'avais posé mon regard sur lui ou depuis que j'étais passé à coté ou depuis que je lui avais offert mon crayon fétiche ou depuis que...
- Je suis contente pour toi Célia mais il faut que je te parle, c'est important, c'est à propos de Jeanne.
- Qu'est ce qui se passe ? Lui demandais-je, de plus en plus mal à l'aise car je savais qu'entre lui et ma meilleure amie, les choses n'allaient pas très bien en ce moment mais jamais je ne m'étais mêlée de leurs affaires bien que je sois leur meilleure amie à tous les deux.
- On a rompu ce matin...
Je ne savais pas quoi lui dire sur le moment pourtant j'ai un vrai don pour réconforter les gens, mais là, je n'y arrivais pas, aucun mot ne sortaient de ma bouche. Pourtant, je m'en doutais, j'étais même pratiquement sûre qu'ils allaient rompre dans pas très longtemps et je n'avais rien préparé. Moi ! Célia, qui ne contrôle pas la situation ! Ce n'est pas possible, je ne pouvais rien faire face à ça, je ne savais pas quoi faire pourtant c'est une situation banale : une rupture entre deux adolescents. Mais je n'avais plus aucun contrôle, plus aucun pouvoir : c'était Jeanne et Grégory, mes meilleurs amis ! Je ne pus alors faire qu'une seule chose : poser des questions.
- Pourquoi... ?
- Elle ne t'a rien dit ?
- Non, enfin si, c'est que...
- Ouais je vois. Elle t'a dit que c'est de ma faute et que je ne la considérais pas assez, que je ne prenais pas assez soin d'elle que je m'en fichais d'elle. C'est bien cela ?
- Heu... oui et non, c'est que...
- Te fatigue pas Célia, je sais très bien tout cela. Je veux juste que tu saches que je faisais tout ce que je pouvais pour elle mais elle n'était jamais contente, jamais rien ne convenait à mademoiselle Jeanne.
- Vous n'aller plus vous reparlez ?
- Je pense pas, du moins, ce ne sera pas pour tout de suite.
- ... et...
- Ecoute, Célia, je ne veux pas que tu te retrouves entre nous deux. Je suis ton meilleur ami, c'est ta meilleure amie et je ne veux pas que tu souffres pas notre faute alors tu sais déjà que pour moi, tu ne seras pas obligé de mentir si tu veux rester avec elle au lieu d'être avec moi.
- Mais je n'vais pas te laisser tomber !
- Non, je n'ai pas dit ça mais tu es une fille, enfin... une femme maintenant et peut-être que la solidarité féminine va jouer dans cette histoire...
- Greg, ne t'inquiètes pas, je ne vais pas te mettre à l'écart et je ne mettrais pas non plus Jeanne à l'écart. Vous resterez mes meilleurs amis et on va tout faire pour arranger cette situation, d'accord ?
- D'accord...
Mon meilleur ami me prit dans ses bars et me serra très fort. J'avoue que j'ai frissonné à ce moment, cela fait dut bien de sentir protégé, de se sentir aimé, et de se sentir utile.
- Et comment s'appelle-t-il ce bel Apollon ? Me murmura-t-il à l'oreille en riant.
- Chris, il se nomme Chris...
- Bon j'espère que tu vas le revoir demain mais fais attention à toi s'il te plaît.
- T'inquiètes, je suis une grande fille.
- Une grande fille qui n'a encore que quinze ans.
- Haaaa je vais te tuer !
Et c'est alors qu'une « bagarre » commença entre nous deux. Il adorait se moquer de moi à cause de mon âge et encore j'ai de la chance, je suis née au mois de Mai, je plains ceux qui sont nés au mois de Décembre...
Mais toutes les bonnes choses ont une fin et je devais rentrer chez moi car demain matin, j'ai mon cours de danse...
...............Une fois qu'elle disparue de mon champs de vision, je me suis rassis à place initiale, en tailleur, les yeux posés sur mon nouveau crayon. C'était la seule chose qui me provenait d'elle, la seule chose qui me rapprochait d'elle mais certainement pas la seule chose qui me faisait penser à elle. Je ne pouvais cesser de penser à elle, elle m'obsédait, elle me hantait. Mais qu'est ce qu'elle est belle ! Puis je me suis retourné une fois de plus, peut-être avais-je l'espoir qu'elle y serait comme tout à l'heure mais elle n'y était pas. Non, au lieu de la voir elle, je vis son tableau dans l'herbe. Je me suis levé et j'ai pris sa peinture. J'eu un choc ! Je la tenais fermement et mes yeux s'ouvraient de plus en plus... Il représentait un adolescent de dos, enfin, légèrement de profil et qui dessinait. Un saule-pleureur se tenait près de lui et quelques coquelicots l'entouraient. C'était moi... cet ado en chemise marron, aux cheveux bruns et aux yeux verts... c'était moi...
Non, redescends sur Terre Chris, elle est belle, elle est riche, elle habite les beaux quartiers, et je ne dois pas me faire d'illusions : elle ne viendra pas demain, c'est impossible. Pourquoi voudrait-elle me revoir ? Moi, le jeune lycéen qui n'a aucune confiance en lui, qui ne sais pas quoi faire de sa vie et qui ne peux... qui ne doit pas oser s'imaginer vivre une histoire avec une fille comme elle.
Je repris mon esquisse à moi du mieux que je pus avec mon nouveau crayon quand je vis des ombres arriver progressivement derrière moi. Je me suis arrêté dessiné et j'ai délicatement tourné ma tête. Un couple se tenait debout et me regardait avec insistance. Je me levai et l'homme me demanda :
- Excusez-moi jeune homme mais savez-vous où est ma fille. Elle est brune, assez grande, très belle et elle a beaucoup de matériel de peinture.
- Oui, je lui ai parlé mais elle a dû partir précipitamment après un coup de fil. Je ne sais pas où elle est partie, désolé.
- Ne le soyez pas, me dit-la mère de Célia. Merci beaucoup pour ces informations et... vous lui avez parlé ?
- ... heu oui, mais je... enfin, pas longtemps, en fait, j'avais cassé mon crayon et elle m'en a offert un et...
- Calmez-vous jeune homme, je ne voulais pas vous faire paniquer, c'est juste que ma fille ne parle pas vraiment aux gens qu'elle ne connaît pas.
- Mais je vois qu'elle à fait preuve d'une grande bonté en vous offrant ce crayon, reprit le père. Merci mon garçon et au revoir.
- Au revoir Monsieur, au revoir Madame.
Ho la la, les parents de Célia maintenant ! Heu, ça ne va pas un peu trop vite là ? J'ai vu mes futurs beaux-parents ! Non, bon on va se calmer là Chris. Respire... Mais le père n'a pas l'air vraiment commode...
Une fois que j'eus repris mes émotions, je rangeai toutes mes affaires et je rentrai chez moi, mon portrait dans mes bras. Le Soleil était toujours au beau fixe et il faisait chaud. Je n'avais qu'une hâte, celle d'aller dans ma chambre, de me poser sur mon lit, la fenêtre grand ouverte, de fermer les yeux et de matérialiser le visage de Célia encore et encore...
La suite, dans quelques temps...